En pleine pandémie, l’État de New York légalise la maternité de substitution commerciale

Jusqu’ici la maternité de substitution commerciale – parfois mieux connue sous le nom de Gestation Pour Autrui rémunérée – était interdite dans les États américains de New York, Louisiane, Nebraska et Michigan. Le 2 avril dernier, en pleine crise du Coronavirus et dans un Capitole fermé au public, un projet de loi en faveur de la légalisation de la GPA commerciale a été adopté dans l’État de New York.

C’est le gouverneur de l’État Andrew Cuomo qui a longtemps porté ce projet. Il en a même fait une mesure phare. Dès le 15 février 2021, dans le cadre de la maternité de substitution commerciale, les couples new yorkais pourront désormais avoir recours à une mère porteuse rémunérée. Pour la député Amy Paulin, l’une des coauteurs du projet de loi, la maternité de substitution commerciale est une mesure qui permettra de « mettre New York en conformité avec les besoins des familles modernes, tout en accordant simultanément les protections les plus solides de la nation pour les mères porteuses ». Maiscette mesure qui soulève de nombreux enjeux éthiques, est bien évidemment loin de faire l’unanimité. Depuis des mois, féministes et organisations religieuses s’y sont fermement opposées.

La réponse de la Conférence catholique

Mais pour Kathleen Gallagher, de la Conférence catholique de l’État de New York, qui représente les évêques de l’État de New York pour les questions liées aux politiques publiques, prendre une telle décision en pleine pandémie de Covid-19 n’est pas acceptable.

« Nous ne pensons tout simplement pas qu’une décision juridique et morale aussi critique pour notre État aurait dû être prise derrière les portes d’un Capitole fermé au public […] La nouvelle loi est mauvaise pour les femmes et les enfants, et le processus est terrible pour la démocratie. »

Kathleen Gallagher avait déjà critiqué le projet de loi en janvier, estimant que « cette politique dangereuse mènerait à l’exploitation des femmes pauvres et vulnérables, et ne comporte que peu de garanties pour les enfants ».

Les organisations féministes vent debout contre la mesure

En juin 2019, la féministe Gloria Steinman avait rédigé une longue lettre ouverte s’opposant à la légalisation de la gestation pour autrui rémunérée dans l’État de New York.

« En vertu de ce projet de loi, les femmes dans le besoin économique deviennent des navires commerciaux à louer et les fœtus qu’elles transportent deviennent la propriété d’autrui […] En 1992, le père du gouverneur Cuomo, le gouverneur Mario Cuomo, a fondé le groupe de travail de l’État de New York sur la vie et le droit, et six ans plus tard, a publié à l’unanimité un rapport recommandant que la politique publique interdise la parentalité de procréation commerciale reproductrice, car elle est nocive pour les femmes dont les corps sont utilisés, et aux enfants qu’ils portent. Les deux décennies qui se sont écoulées depuis la publication de ce rapport n’ont pas effacé ni réduit les risques tragiques de maternité de substitution commerciale […] L’État de New York doit continuer à jouer un rôle de chef de file dans la protection des droits des femmes, comme il l’a fait jusqu’à présent sous le gouverneur Andrew Cuomo. Un État qui médicalise et loue des corps féminins […] met en péril le droit fondamental de la femme à la santé et à la liberté, et place le profit avant le bien-être à long terme du fœtus. »

Gloria Steinman rappelait également que de nombreux pays continuent d’interdire cette pratique.

« La maternité de substitution à des fins de reproduction est interdite dans presque tous les pays d’Europe, ainsi qu’en Inde, en Thaïlande, au Népal et au Cambodge. Si ce projet de loi devient loi, New York pourrait donc devenir la destination idéale pour une industrie mondiale de la maternité de substitution de plusieurs millions de dollars qui a déjà donné à d’autres pays des raisons de l’interdire. »

Pour exemple, l’Inde a fait machine arrière après des années de légalisation de la GPA commerciale, en raison du « tourisme procréatif » mis en place et conduisant à des « problèmes éthiques fondamentaux ».

De nombreuses voix étouffées

Chrétiens, féministes, philosophes, sociologues font part de leurs réserves et de leurs craintes liées à la banalisation de la maternité de substitution médicale. Mais leurs voix peinent à se faire entendre dans le débat.

Eliette Abécassis évoque dans son enquête sur la GPA, que « faire de la grossesse et de l’accouchement un service rémunéré est la plus formidable violence faite aux femmes depuis l’époque de l’esclavage ».

La Coalition Internationale pour l’Abolition de la Maternité de Substitution (CIAMS), menée par l’association CQFD Lesbiennes féministes, s’inscrit dans la même ligne.

« La GPA est une exploitation marchande du corps de la femme, comme la prostitution ou la domesticité. On nous dit que les femmes sont consentantes. Or, toutes les études sur le sujet montrent que leurs motivations pour « prêter » leur corps sont liées à des pressions familiales, pour l’argent notamment. »

Pour Herjett Marway, du Département de Philosophie de l’Université de Birmingham, il est difficile de défendre la GPA commerciale « parce qu’une personne n’est pas une « chose », dont certaines parties détachables pourraient être sous-traitées comme des marchandises, et parce que le travail de reproduction et son résultat ne sont pas assimilables à d’autres formes de travail et de production ». L’auteur conclut qu’il est désormais nécessaire d’adopter « des lois qui interdisent la gestation pour autrui commerciale […] en s’appuyant sur une initiative mondiale ».

La rédaction

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